Les régimes d’éviction
Quand l’histoire clinique des patients évoque une allergie alimentaire non IgE-dépendante, ou si les tests ne sont pas concluants, le régime devient la meilleure façon de diagnostiquer une allergie alimentaire. Le diagnostic est porté par le régime d’éviction et le test de provocation orale. Les symptômes disparaissent à la suppression du lait et réapparaissent à sa réintroduction pendant le test de provocation orale.
Le régime se décompose en une phase de suppression (ou éviction) de l’aliment suivi d’une autre de provocation orale.
Au cours de la phase d’éviction le clinicien essaye de supprimer l’antigène alimentaire responsable de l’allergie et de voir si une amélioration des symptômes se produit.
Cette étape nécessite l’éviction des aliments suspectés, et le maintien d’un régime libre de ces aliments sous toutes ses formes en l’absence d’infections secondaires.
L’amélioration des symptômes pendant le régime d’éviction des aliments suspectés donne une présomption de relation entre les aliments et l’allergie.
Régime d’éviction chez les nourrissons nourris au biberon
Les régimes d’éviction peuvent prendre plusieurs formes. Chez les jeunes nourrissons nourris au biberon et souffrant peut-être d’allergie au lait de vache, un substitut du lait peut être utilisé, soit:
- une préparation à base d’hydrolysats de protéines de lait de vache (la protéine est scindée en morceaux plus petits);
- soit en cas d’échec, une préparation à base d’acides aminés.
Cependant il est important de noter que lorsqu’une allergie sévère est suspectée, seule la préparation à base d’acides aminés est appropriée car elle est considérée comme non allergénique pour tous les nourrissons allergiques. Les autres préparations peuvent donner des faux négatifs. Quelque soit le choix effectué, il doit être fait uniquement sous contrôle médical étroit.
Régime d’éviction chez les nourrissons allaités au sein
L’allaitement maternel est bénéfique pour les bébés et doit donc être fortement encouragé. Occasionnellement, les nourrissons allaités au sein peuvent souffrir de réactions allergiques à des antigènes présents dans le régime alimentaire de la mère. Les antigènes apparaissent en petites quantités dans le lait maternel et ne représentent aucun problème pour la plupart des nourrissons. Cependant, des nourrissons très sensibles peuvent réagir à ces traces.
Pour prévenir le passage d’antigènes du régime alimentaire de la mère à l’enfant via le lait maternel, le régime de la mère doit être contrôlé. Le régime d’éviction de la mère affecte indirectement le statut nutritionnel du nourrisson, la mère doit donc être conseillée pour adapter comme il faut son régime. Si, malgré tout, le contrôle des symptômes ne peut être obtenu et la croissance assurée à cause d’allergènes multiples dans le lait maternel, l’allaitement au sein ne peut être poursuivi et les nourrissons doivent être mis sous un hydrolysat poussé et en cas d’échec sous une formule d’acides aminés.
Régime d’éviction après le sevrage
Chez les nourrissons plus âgés et les enfants, les aliments solides jouent un rôle de plus en plus important dans le régime et l’éviction alimentaire peut être obtenue de différentes manières.
Quand il y a un lien très évident entre un ou plusieurs aliments et des symptômes, un régime d’éviction alimentaire spécifique, dans lequel tous les aliments concernés sont supprimés, peut être le plus approprié.
Chez d’autres enfants, quand l’histoire clinique est moins claire ou en cas d’allergie alimentaire multiple, quelques aliments ou un régime dit oligoantigénique (le régime est limité à quelques aliments les moins susceptibles de déclencher des réactions allergiques) sont peut-être plus appropriés.
Les préparations à base d’acides aminés peuvent être utilisées en cas d’éviction plus large et peut être un soutien chez les patients nécessitant un apport calorique suffisant en cas de plusieurs évictions.
La durée des régimes d’éviction dépend du type d’allergie. Il est généralement d’1 semaine pour les manifestations IgE-dépendantes, 1 à 2 semaines pour la dermatite atopique, 24 à 48 heures pour l’entérocolite induite par le lait et 6 à 8 semaines pour l’œsophagite à éosinophiles induite par le lait.
Si les symptômes ne s’améliorent pas après un régime d’éviction, le diagnostic d’allergie alimentaire n’est pas retenu. Si les symptômes s’améliorent, le clinicien doit effectuer des tests de provocation orale de façon prudente.
Les régimes d’éviction peuvent être difficiles, coûteux et restrictifs. L’intervention d’un diététicien qualifié est nécessaire pour contrôler que l’alimentation reste équilibrée.
Date de publication 03/08/2007
Dernière mise à jour: 19/10/2007